Nettoyage fin

Une fois le gros de la pollution retiré et tout risque de nouveaux arrivages de polluant écarté, la phase de nettoyage fin peut commencer. Même si la mer parachève naturellement l’opération, un nettoyage fin par l’homme est nécessaire lorsque :

• les délais escomptés pour l’auto-nettoyage sont incompatibles avec les impératifs économiques ou esthétiques du site (ex : site touristique en période pré-estivale ou estivale)

• la pollution risque d’avoir un impact important sur les ressources vivantes, naturelles ou cultivées ou de devenir une source de contamination chronique.

Le principe de base du nettoyage fin est de tirer le plus possible profit des processus de nettoyage naturel et de ne se substituer à eux que s’ils se révèlent peu efficaces. Les principaux processus d’auto-nettoyage mécanique, chimique et biologique sont :

• le nettoyage par les vagues, dont l’impact direct permet le décollement du pétrole frais des surfaces ainsi que, en site fortement exposé, le décapage des résidus par abrasion des galets et rochers ;

• le remaniement du sédiment pollué par les vagues qui permet la séparation et la remise en suspension du pétrole piégé dans le sédiment ;

• le lessivage par percolation forcée du pétrole fluide à travers le sédiment, lors du retrait de la vague ou à marée descendante ;

• l’effet des ultraviolets qui détruisent les films d’hydrocarbures ;

• l’activité des bactéries et micro-organismes capables de dégrader des hydrocarbures.

Chantiers botaniques

Il arrive que des secteurs de végétation, dans les dunes et sur les rochers, soient plus ou moins fortement pollués. Une intervention peut y être décidée ; il s’agit d’opérations délicates qui font l’objet d’une décision et de recommandations spécifiques de la part d’experts botanistes qui, en général, vont encadrer le chantier. Le terme « chantier botanique » englobe les opérations, parfois extrêmement minutieuses et longues, de grattage, brossage, aspiration, fauche, criblage manuel du sable et de collecte. Le but est de retirer le maximum de polluant sans endommager davantage le couvert végétal ou le sol.

chantier botanique, nettoyage fin, Le Croisic
Chantier botanique, nettoyage fin, Le Croisic

Une large gamme de techniques existe en fonction des caractéristiques des sites, de l’ampleur de la pollution, de la nature du polluant et de la qualité du nettoyage désirée. La détermination de la technique et du degré de nettoyage à atteindre doit prendre en compte, entre autres, la sensibilité écologique du site et de ses environs immédiats.

Pour les rochers et infrastructures portuaires, un lavage est fait à l’eau froide et à basse pression sur les sites écologiquement sensibles ; à haute pression et, si nécessaire, à l’eau chaude sur les sites non sensibles. Des solvants non toxiques peuvent être utilisés pour les ouvrages portuaires ; des absorbants en feuille ou en vrac sur les rochers et dans les mares littorales. Dans les zones les plus exposées, laisser faire la nature est souvent la meilleure solution : comme on le verra plus loin, la dégradation des hydrocarbures y est rapide et pratiquement complète

.Sur les plages de galets, après un ramassage grossier, les films de pétrole restant en surface sont lavés à l’eau froide sous pression et entraînés vers des tranchées de récupération en bas d’estran. En cas de pétrole enfoui, on envisagera soit une saturation de la plage en eau pour le décoller et le remonter en surface, soit le creusement de drains, soit un lavage à l’eau froide à basse pression. Dans certains cas, le substrat pourra être déplacé pour accélérer le lavage naturel, par exemple avec la technique du surfwashing . Des galets pourront même être lavés hors site, dans une toupie de lavage adaptée et réalisée à partir des toupies à béton.

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Nettoyage haute pression

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Nettoyage à l'aide d'un rouleau oléophile

 

Jusqu’où nettoyer ?

Le niveau de nettoyage requis et l’urgence d’y parvenir sont fonction de la sensibilité écologique du site, de son usage et de la saison. Une partie du public demandera toujours que l’on nettoie jusqu’à la dernière trace de polluant. Mais ce nettoyage « à blanc », satisfaisant pour l’esprit, peut causer plus de dommages que la pollution
elle-même sur l’environnement. Il faut donc bien évaluer les avantages et les inconvénients des techniques disponibles et ne pas éliminer a priori la solution d’une finition naturelle.

En pratique, on retirera d’abord, partout où c’est possible, le polluant qui demeure mobilisable et constitue une source potentielle de recontamination. Ce risque éliminé, on s’interrogera sur l’intérêt d’intervenir plus avant. Sauf cas particulier, comme une plage à forte fréquentation touristique, on ne cherchera pas à retirer toute trace de pétrole, mais à fournir au milieu les conditions les plus favorables à la réinstallation rapide des peuplements et des activités socio-économiques, sans que le polluant restant ne gêne ni le biotope, ni les usages du site.

nettoyage par fauce manuelle
Nettoyage par fauche manuelle

Sur une plage de sable, les techniques du flushing, du flooding, du surfwashing et du drainage peuvent être utilisées. Sur sable sec, un deuxième criblage (éventuellement manuel) permet de parachever le nettoyage grossier. Sur sable humide, on peut utiliser des rouleaux oléophiles. Enfin, la technique du hersage permet de libérer du pétrole fluide piégé dans le sédiment et de favoriser sa dégradation naturelle. Elle peut être utilisée en soutien d’opérations de criblage.

Les marais et vasières sont des zones dans lesquelles le pétrole a tendance à s’accumuler et à générer un impact écologique très fort, par effet toxique pour les pétroles légers (action chimique), par engluement et étouffement de la végétation pour les pétroles lourds (effet physique). L’intervention y est délicate du fait de la difficile accessibilité, de la faible portance du sol et des possibilités réduites de circulation. Elle risque d’avoir des conséquences catastrophiques sur l’écosystème.

rouleau oléophile poussé par une chenillette
Rouleau oléophile poussé par une chenillette

Ne pas intervenir se justifie sur des sites très abrités où un nettoyage entraînerait des dommages additionnels en raison de la fragilité écologique des biotopes concernés. La non-intervention doit être une décision réfléchie et bien argumentée pour être justifiable devant l’opinion publique et les médias. Elle ne consiste pas à « ne rien faire » : elle implique un suivi précis du site et de l’évolution du polluant.

Le nettoyage achevé, il pourra être envisagé de faucher toute ou partie de la végétation polluée ou de scarifier des encroûtements de pétrole vieilli pour faciliter la réinstallation de la végétation. Cela se fera avec la plus extrême prudence, sous contrôle écologique rigoureux. Enfin, tous les accès aménagés pour les besoins de la lutte, tous les stockages de déchets seront nettoyés et soigneusement remis dans leur état d’origine.

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Évaluation du niveau de nettoyage à atteindre

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Récupération à terre


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